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10 Questions à...Jean-Benoit JAOUEN ( dit " JBJ " )

Publié le par Manu Ultra Runner

 

 

C'est la 3ème Edition de ma rubrique "10 Questions à...", après Pierre-Michael Micaletti et Jean-Jacques Moros, voici :

 

 

 

                                  JBJ...

 UN PERSONNAGE INCONTOURNABLE DE L'ULTRA FOND.

 

 

 

    JeanBenoitJAOUEN.jpg    

 

Quand JBJ prend le temps de répondre à mon " 10 Questions à....." c'est pas pour faire de la figuration !


Il se livre, il détail et il nous régale de son histoire d'Ultra Marathonien et d'Organisateur de courses à étapes.

 

 

 

 

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1 - Quand t'est venue l'idée de la Transe Gaule et pourquoi ?


La Transe Gaule est le résultat d'un long cheminement ponctué de quelques hasards et rencontres décisifs. Tout a commencé parce que je suis passé un jour de février 1982, en compagnie d'un ami, devant une affiche annonçant l'organisation d'un marathon dans notre trou perdu, en Guyane, et que cet assassin en puissance m'a mis au défi d'y participer avec lui.

Quelques jours plus tard, nous débutions ensemble notre préparation par un premier footing de 4 km qui m'a laissé courbaturé pendant toute une semaine...

Finalement pas prêts du tout, nous avons eu la sagesse de ne pas participer à ce marathon qui se déroulait quelques semaines plus tard mais j'ai vite accroché à la pratique régulière du footing malgré les difficultés de cet exercice sous le climat assez sévère de la région.

Très léger pendant les trois premières années, à raison de deux ou trois footing par semaine, sans jamais participer à une compétition parce qu'il n'y en avait aucune en Guyane.

Je n'ai couru mon premier marathon que trois ans plus tard lorsque je suis rentré travailler en Métropole et comme il est bien passé, j'ai tout de suite eu envie d'aller voir au-delà et dès l'année suivante je participais aux 100 km de Millau.

J'y ai fini démoli mais j'ai aimé l'effort et l'ambiance. J'ai pris goût à la compétition que je prends comme un jeu et à côtoyer ce milieu sympa mais indépendamment de cela, j'aime aussi l'idée de donner à l'acte de courir son sens premier qui est de se déplacer d'un point à un autre.
Et qui mieux qu'un adepte de l'ultramarathon possède le potentiel pour faire de la course à pied un moyen de se déplacer ?...

Comme tout le monde, j'ai lu "La Grande Course de Flanagan" et lorsque j'ai appris que la Trans America allait renaître en 1992, je m'y suis intéressé. J'ai suivi comme j'ai pu les quatres éditions de 1992 à 1995 en m'abonnant à un magazine de running américain et en me disant que quand je serai grand, j'essaierais bien de courir un truc comme ça !

Dans cet esprit, traverser la France en courant pendant les vacances, sans idée de compétition, était aussi un projet que j'avais en tête depuis longtemps, mais d'année en année je le repoussais. Le déclencheur a été, au printemps 2000, l'annonce de l'organisation d'une Trans Australia en 2001.
A défaut de Trans America puisque celle-ci n'était plus organisée, je me suis dit que traverser l'Australie pourrait être intéressant.

Il me fallait trouver un assistant pour m'accompagner car c'était imposé et il fallait surtout que je me teste car je n'avais jamais participé à aucune course par étapes.

C'est ainsi que j'ai traversé la France en solo à la fin de l'été 2000, sur une moyenne de 65 km par jour qui serait celle de la Trans Australia. J'avais tracé le parcours sur carte, depuis chez moi sur la côte nord du Finistère jusqu'à la Méditerranée, et j'aimais bien ce principe "de la mer à la mer" comme pour une Trans Am' et propre aux courses transcontinentales.

Ma traversée s'est bien déroulée, un seul début de blessure le 5e jour où j'ai bien cru que je n'irais pas plus loin mais qui s'est resorbée comme par miracle, et j'ai tenu la moyenne quotidienne et les 18 jours planifiés, avec environ 6 kilos sur le dos.

J'ai quand même terminé mon périple assez desséché et je me suis dit que j'étais peut-être encore un peu tendre pour me lancer sur une course transcontinentale correspondant à quatre traversées de la France mises bout a bout...

Par ailleurs je n'ai pas trouvé d'assistant pour m'accompagner et j'ai donc laissé tomber ce projet de Trans Australia. Tout aurait pu s'arrêter là. Mais c'est alors quelques semaines plus tard, je reçois un email d'un copain, Christophe Rochotte, qui vient d'ouvrir son compte de messagerie sur Internet et qui me communique son adresse. J'ai connu Christophe au Spartathlon 1993, c'est un coureur très atypique que j'apprécie pour sa grande connaissance du monde de l'ultra.
Dans les années 90, quand l'ultra était beaucoup plus confidentiel qu'aujourd'hui, il a couru des épreuves comme la Tasmania Run (700 km en 7 jours), Nagazaki-Hiroshima (450 km non-stop) ou les 6 Jours de New-York.
Dans cet email, Christophe me demande de mes nouvelles et je lui raconte que je viens de traverser la France en courant, que ça avait été une belle expérience.
J'ai dû rajouter qu'il y aurait sûrement matière à proposer une belle course par étapes sur le parcours que j'avais suivi.

Mais je l'ai écrit sans aucune intention de le faire moi-même car je n'ai pas spécialement l'âme d'un organisateur.
Christophe a tout de suite accroché et par échanges d'emails, nous nous sommes mis à délirer sur une course qui serait en quelque sorte une mini transcontinentale à l'échelle de notre petit pays, avec plein de coureurs étrangers qui viendraient à cause de l'attrait touristique de la France, et bla-bla-bla...

Bref, l'idée a germé très vite et, fin 2000, j'ai demandé à Christophe s'il était sérieusement intéressé pour que nous annoncions cette course pour l'été suivant. Il a répondu oui et c'était parti... Seul, je n'aurais jamais osé. Sur le même parcours que celui que j'avais testé et en conservant les 18 étapes. Restait à trouver un nom de baptême.

Trans France c'était nul et j'avais baptisé ma propre traversée "Transe Gaule" en référence à la Trans America mais je tenais au e de "Transe" pour le côté délirant de l'expédition. On n'a pas trouvé mieux et c'est donc ainsi qu'est née La Transe Gaule, même si ce nom ne veut pas dire grand chose pour les étrangers qui ne parlent pas le francais...

Nous nous sommes alors efforcés de faire passer l'information au maximum à l'étranger via des sites de courses à pied et sans jamais acheter un encart publicitaire, question d'éthique personnelle. J'étais certain que c'était une bonne idée mais par contre nous ne savions pas s'il y aurait suffisamment de coureurs qui accrocheraient à ce type de course jusqu'alors inédite en France.

Nous avions tablé sur une vingtaine de coureurs au mieux et à la fin du règlement nous avions précisé qu'en dessous de 15 inscrits, nous nous autorisions à annuler l'épreuve. Et ils furent précisement...15 au départ ! Cette première édition a donc tenu à peu de chose et ces 15 pionniers téméraires qui ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être cuisinés sont tous grandement responsables de ce qu'est devenue la Transe Gaule.

Un Américain, un Suisse et un Anglais sont venus dès la première année, ce qui était pas mal pour un début. Cette première édition de 2001 organisée avec un minimum de moyens s'est bien déroulée et a donné envie de recommencer, sans changer grand chose à son fonctionnement général mais en étoffant l'organisation au niveau des ravitaillements.
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2 - A bientôt 64 ans, crois-tu pouvoir t'arrêter un jour de courir ?               ( Pardon JBJ, c'est 54 ans )

Manu, t'es pas gentil ! Apprends, gamin, que je suis né en 1958 et que je suis donc un peu moins vieux que j'en ai l'air... Non, je ne m'imagine pas arrêter de courir tant que rien ne m'y obligera.

Je cours presque tous les jours, comme je me brosse les dents, question d'hygiène.
Quand je vois d'anciens coureurs arrêter et laisser leur corps en friche pour de mauvaises raisons, cela m'attriste toujours. Je suis plus admiratif de Mimoun que de Jazy.

Je pense que cette pratique peut être comparée dans une certaine mesure à celle du yoga, exercice à la fois physique et spirituel qui contribue à l'équilibre entre le corps et l'esprit
.
Il arrive que des gens nous demandent, parfois avec une certaine ironie, pourquoi nous courons autant, si c'est dans l'espoir de vivre plus longtemps ?

Je réponds souvent que si je me bouge et m'astreins à une activité physique quotidienne, ce n'est pas pour vivre plus vieux mais pour vivre plus mieux.
On vit mieux dans un corps en bon état de marche, tout est meilleur dans un corps entretenu et tout est meilleur après un bon footing : un verre d'eau fraîche, un bon repas, la sensation de détente, le sommeil, le sexe.
Mais, comme disait Prévert, "On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller...". Alors, si un jour je ne pouvais plus courir pour des raisons mécaniques, j'essaierais probablement de reprendre le vélo qui fut ma première passion sportive, adolescent.
A défaut, je crois que j'arriverais à prendre un certain plaisir simplement en marchant une ou deux heures par jour.

3 - Quel est ton coureur d'Ultra Fond avec qui tu pourrais partir en vacances, ou coureuse ?
Joker.


4 - Combien de courses d'Ultra (combien d'éditions) as-tu organisées ?

La Transe Gaule (9 éditions, la 10e en Août 2013), la MiL'KiL (2 éditions, la 3e en Juin 2012) et L'Intégrale de Gérard Denis (1 édition, j'éspère la reconduire de temps en temps mais pas chaque année).
En Guyane où j'ai résidé plusieurs années, les 100 km de l'Ariane V100 Challenge (10 participants) à l'occasion 100e lancement d'Ariane en 1997 et les 200 km de l'Ariane V200 Challenge pour le 200e lancement l'année dernière (4 participants).
En fait, j'ai mis le doigt dans l'engrenage en créant, avec 4 copains, le Marathon de Kourou en 1991, avec une pensée pour cette affiche de 1982 qui, dans cette même ville, m'avait mis par hasard le pied à l'étrier.
J'ai également créé l'an dernier une course virtuelle sur un forum de coureurs d'ultra. Il s'agit de comptabliser ses kilomètres courus dans toute l'année, du 1er janvier au 31 décembre, en pointant son kilométrage chaque fin de mois.

A l'instar des Oscar et des César, des Zobs sont décernés en fin d'année car c'est au départ comme un jeu de mecs qui s'alignent pour savoir qui est capable de pisser le plus loin. Mais cette année, il y a 3 filles dans le Top 10 ! Le Zob d'Or 2011 a été décroché par un coureur qui a totalisé 8062 km dans l'année. On peut participer ou être spectateur de cette course via ce lien : http://forum.brunoheubi.com/viewtopic.php?f=19&t=5593&start=0


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